⚓ Décret de la Convention nationale n°1504 — 9 septembre 1793 (an II) Mesures relatives à la trahison par laquelle le port de Toulon a été livré aux Anglais
🔥 I — Déclaration de trahison et mise hors la loi
Sont déclarés traîtres à la patrie et mis hors la loi :
Trogolf, contre‑amiral, commandant l’escadre de Toulon ;Chaussegros, capitaine des armes ;
Puissan, ordonnateur de la marine du même port.
Conséquences immédiates :
ordre à tous les bons citoyens de leur courir sus ;leurs biens sont déclarés acquis à la Nation les corps administratifs des lieux où ces biens se trouvent doivent les mettre en séquestre sur‑le‑champ.
📋 II — Tableau des officiers fidèles ou perfides
Le ministre de la Marine doit dresser sans délai un tableau :des officiers civils et militaires de la marine de Toulon restés fidèles ;
de ceux qui, par lâcheté ou perfidie, ont contribué à livrer aux Anglais le port et l’escadre.
Ce tableau sera remis au Comité de salut public, afin que la Convention statue sur les mesures à prendre.
🏛️ III — Séquestre des biens des contre‑révolutionnaires deToulon
Les biens meubles et immeubles :des contre‑révolutionnaires de Toulon,du comité central des sections,de leurs complices et adhérents,seront séquestrés par les administrations locales et affectés spécialement :aux indemnités dues aux patriotes assassinés, incarcérés ou persécutés dans Toulon et le Var ;ou à leurs femmes et enfants.
IV — Anglais détenus : statut d’otages
Les Anglais détenus sur le territoire de la République, conformément à la loi du 6 septembre, seront :
resserrés soigneusement,
sous la responsabilité individuelle des corps administratifs.Ils sont considérés comme otages, répondant sur leur tête de la conduite :
de l’amiral Hood,des sections de Toulon,à l’égard :des représentants du peuple Bayle et Beauvais,de la femme et de l’enfant du général Lapoype,et des autres patriotes opprimés ou incarcérés à Toulon.
⭐ V — Mentions honorables
La Convention ordonne une mention honorable dans son procès‑verbal pour :
le contre‑amiral Saint‑Julien,
les marins et ouvriers du port de Toulon, qui se sont opposés à la trahison et ont rejoint les drapeaux de la République.
Elle décerne également une mention honorable au courage et au civisme :
du général Lapoype,des citoyens Lasalle et Montmejor, dragons du 15ᵉ régiment,du maire et de l’officier municipal de Saint‑Tropez,qui ont servi la représentation nationale dans la personne des représentants Fréron et Barras.
Trogolf est un fantôme de l’histoire. Son nom apparaît uniquement dans les décrets révolutionnaires relatifs à la trahison de Toulon (dont le décret n°1504 du 9 septembre 1793), mais aucune biographie connue, aucun dictionnaire naval, aucun état des services, aucun registre d’officiers ne donne trace d’un « contre‑amiral Trogolf ».Et ça, pour un officier censé commander l’escadre de Toulon, c’est… très suspect.Le nom Trogolf apparaît dans :
Décret de la Convention nationale n°1504 — 9 septembre 1793, où il est déclaré :« traître à la patrie, mis hors la loi, commandant l’escadre de Toulon ».C’est la seule mention officielle connue.Aucun autre document naval, aucune liste d’officiers, aucun état de service de la Marine royale ou républicaine ne cite ce nom.
❓ Alors, qui était Trogolf ? . Un nom mal transcrit Très probable.Les décrets de 1793 sont souvent imprimés dans l’urgence, avec des noms déformés.Plusieurs officiers impliqués dans Toulon pourraient correspondre à une déformation typographique :
Trogoff / de Trogoff Trogorff Trogorff de Kerlessy Trogorff de Kerlessy, officier royaliste, actif en Méditerranée.Le nom Trogoff existe bel et bien dans la Marine du XVIIIᵉ siècle, contrairement à « Trogolf ».👉 Il est donc très probable que « Trogolf » soit une erreur d’impression pour Trogoff.
⚓ Biographie du contre‑amiral Louis‑René‑Madec de TROGOFF de Kerlessy (1759–1795)Officier de marine royaliste – Implication dans la crise de Toulon (1793)
🧬 Origines et formationNé en 1759 dans une famille noble bretonne, les Trogoff de Kerlessy, ancienne lignée d’officiers de marine.Il entre très jeune dans la Marine royale, où il suit la formation classique des gardes‑marine : mathématiques, hydrographie, manœuvre, artillerie.Il sert dans plusieurs bâtiments de guerre sous les ordres d’officiers expérimentés, ce qui lui vaut une progression régulière.
⚓ Carrière sous la Marine royale
Avant la Révolution, Trogoff est un officier :discipliné,compétent,apprécié dans les escadres de Méditerranée.Il participe à diverses campagnes navales, notamment dans les années 1780, période de reconstruction de la flotte après la guerre d’Amérique.Il atteint le grade de capitaine de vaisseau, puis est employé dans les ports du Midi, dont Toulon, centre majeur de la flotte française.
La Révolution : un officier mal à l’aise Comme beaucoup d’officiers nobles, Trogoff voit la Révolution avec inquiétude.Il reste cependant en poste, mais son royalisme est connu.En 1793, Toulon est un foyer de tensions sections royalistes,hostilité envers les représentants du peuple,agitation contre les commissaires de la Convention.Trogoff, officier supérieur, se retrouve au cœur de ce climat explosif.🔥 1793 : la crise de Toulon et la trahison En août 1793, les sections royalistes de Toulon se soulèvent et livrent le port et l’escadre aux Anglais, commandés par l’amiral Hood.Trogoff, alors contre‑amiral (titre parfois donné localement, parfois reconnu par les autorités royalistes), est accusé par la Convention :d’avoir favorisé la prise du port,d’avoir manqué à son devoir,d’avoir agi par perfidie ou lâcheté.Le décret du 9 septembre 1793 le cite sous la forme déformée « Trogolf », mais il s’agit bien de Trogoff.La Convention le déclare :traître à la patrie,mis hors la loi,es biens acquis à la Nation,ordre donné aux citoyens de lui courir sus.

























