Lettre du Baron Albin RoussinCapitaine de vaisseau – Commandant les bâtiments de S.M. aux côtes de l’Amérique méridionale
Amazone, Maldonado – 16 janvier 1822
Monsieur le capitaine
j'ai l'honneur de vous informer que je me propose de m'absenter incessamment de la division pour quelques jours,votre ancienneté vous appelle à me remplacer aprés mon départ sur le Brig "le Curieux",et vous hisserez vos marques de commandement,lorsque vous aurez perdu de vue ce bâtiment.
Vous continuerez les réparations dont vous vous occupiez à bord de votre Corvette et vous poursuivrez votre approvisionnement d'eau,tant pour vous tenir au complet, que pour mettre votre équipage à même de laver son linge à l'eau douce.
Le mauvais temp ne me parait à craindre encore à cette époque de la saison.Toutefois je vous recommande de faire prendre toutes les mesures de précaution et de sureté que des circonstances toujours possibles à la mer,bien qu'imprévues pourraient exiger.
J'appelle principalement votre attention ,sur la conservation des équipages;vous priant de ne les exposer que le moins possible aux occasions qui peuvent faire naître l'envie de déserter.Le plus sûr est de sursoir à toutes punitions de descendre sur le continent pour d'autres motifs que des corvées surveillées par des officiers ou des élèves.
Continuez de faire donner un repas de viande fraiche aux équipages;et si le fournisseur se relachait sous le rapport de la qualité,ne differez pas de le rappeler sur le champ aux conditions du marché dont je vous envoye une copie,et qui ne laisse rien d'équivoque sur la bonté des fournitures.
Je tacherai que mon absence ne se prolonge pas au-delà de 8 ou 10 jours,j'en verrai le terme avec plaisir ,parcequ'à la satisfaction de me réunir à la division,j'aurai à joindre celle de vous remercier du bon ordre que vous y aurez maintenu,et tout le bon qui s'y sera fait.
Agréez ,je vous prie l'assurance de ma considération la plus parfaite.
P.S.
La chaloupe de la Lyonnaise a coulé à 4 encablures dans le N.O de l'Amazone ou elle a été mouillée sur un grappin,il faudra joindre vos moyens à ceux de l'Amazone pour la draguer et tenter de la retrouver aussitot le retour d'un temps maniable.
Prix de vente : 138 euros
Belle lettre portant l’en‑tête imprimé du Baron Albin Roussin (1781–1854), alors capitaine de vaisseau, officier de la Légion d’honneur, chevalier de Saint‑Louis, décoré de l’ordre russe de Saint‑Wolodimir, et commandant les bâtiments de Sa Majesté stationnés aux côtes de l’Amérique méridionale.
Document daté de l’Amazone, à Maldonado, le 16 janvier 1822, adressé à Monsieur Massieu, capitaine de frégate, commandant la corvette L’Espérance.
Contenu du document
La lettre, sur papier à en‑tête imprimé, témoigne des communications officielles entre deux commandants de la Marine royale en mission sur les côtes sud‑américaines.
Elle illustre les échanges opérationnels entre :
le capitaine de vaisseau Roussin,
et le capitaine de frégate Massieu,
au sujet des bâtiments Amazone et L’Espérance, deux unités engagées dans les stations navales françaises en Amérique du Sud.
Ce type de correspondance est typique des missions diplomatiques, de surveillance maritime et de protection des intérêts français dans la région au début de la Restauration.
Intérêt historique
Pièce recherchée par les collectionneurs de :
Marine royale sous Louis XVIII,
missions navales en Amérique méridionale,
correspondance d’officiers décorés,
La présence d’un en‑tête imprimé nominatif du Baron Roussin — futur amiral, pair de France, et ministre de la Marine — renforce nettement l’intérêt de la pièce.
État et présentation
Lettre manuscrite, encre brune, en‑tête imprimé de grande qualité.
Document lisible, complet, idéal pour une collection de marine ancienne, officiers de haut rang, ou missions navales outre‑mer.
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Marine française en Amérique du Sud vers 1820 – Contexte général
Autour de 1820, la présence française en Amérique du Sud est marquée par trois réalités principales :
1. Explorations scientifiques et hydrographiques
La France mène plusieurs missions d’exploration dans l’hémisphère sud.
L’exemple le plus célèbre est celui de la corvette Uranie, commandée par Louis de Freycinet, engagée dans un tour du monde scientifique entre 1817 et 1820.
L’expédition se termine par un naufrage aux îles Malouines en février 1820 .
Ces missions contribuent à la cartographie, à l’étude des côtes sud‑américaines et à la présence diplomatique française.
2. Intérêts commerciaux croissants
Après la fin des guerres napoléoniennes, la France reprend activement ses échanges avec l’Amérique du Sud.
Les ports français, notamment Le Havre, intensifient leurs relations avec Rio de Janeiro, Pernambuco et Bahia, profitant de l’ouverture des ports brésiliens aux nations amies du Portugal.
Le trafic maritime français vers le Brésil augmente fortement dès 1814–1820, avec des bricks, trois‑mâts et clippers transportant cuir, café, sucre, coton, cacao, etc. .
3. Contexte géopolitique instableL’Amérique du Sud est alors en pleine guerre d’indépendance contre l’Espagne.
Les côtes sont le théâtre d’opérations navales, notamment la prise de Valdivia (Chili) en février 1820 par les forces de Thomas Cochrane et Jorge Beauchef .
Cette instabilité oblige les puissances européennes — dont la France — à maintenir des stations navales pour protéger leurs intérêts et surveiller la situation.
Rôle de la Marine française dans la région
La Marine française n’est pas engagée dans les combats d’indépendance, mais elle :
protège les navires marchands français,
observe les mouvements politiques et militaires,
maintient une présence diplomatique,
assure la sécurité des échanges commerciaux,
soutient les missions scientifiques et hydrographiquesC’est dans ce cadre que s’inscrit l’activité d’officiers comme le Baron Albin Roussin, commandant les bâtiments de S.M. stationnés aux côtes de l’Amérique méridionale — exactement le contexte de la lettre de 1822.
Albin Reine Roussin (1781–1854)
Amiral de France – Baron – Ministre de la Marine
Né à Dijon le 21 avril 1781, mort à Paris le 21 février 1854, Albin Roussin est l’une des grandes figures de la Marine française du tournant XVIIIᵉ–XIXᵉ siècle. Il sert successivement sous la République, l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet et le Second Empire, ce qui témoigne de sa longévité et de son importance dans l’histoire navale.
Débuts dans la Marine (1793–1801)
À 12 ans, il s’engage comme mousse à Dunkerque en décembre 1793.
Il sert ensuite sur plusieurs bâtiments :
La République, batterie flottante défendant Dunkerque
La Chiffonne, canonnière escortant les convois
Ces premières années forgent un marin aguerri, habitué aux campagnes lointaines.
Ascension sous l’Empire (1801–1814
Reçu aspirant en 1801, il sert dans la flottille de la Manche, puis embarque sur la frégate Sémillante, opérant dans l’océan Indien contre les navires britanniques.
Il participe :
à la campagne de l’île de France,
à la bataille de Grand Port (1810), seule victoire navale française des guerres napoléoniennes, où il est cité pour sa conduite.
Capturé en 1808 par la frégate britannique HMS Modeste, il est échangé en 1809 et reprend le service.
Napoléon confirme sa promotion au grade de capitaine et lui remet la Légion d’honneur.
Restauration : explorations et commandements (1814–1830)
Sous Louis XVIII, Roussin devient chevalier de Saint‑Louis (1814).
Il est brièvement évincé lors des Cent‑Jours, puis réintégré.
Il reçoit plusieurs missions majeures :
1816 : exploration hydrographique des côtes d’Afrique après le naufrage de la Méduse
1819 : exploration des côtes du Brésil
1820 : Louis XVIII lui confère le titre de baron
1821 : commande l’escadre des Antilles
1822 : promu contre‑amiral
C’est précisément dans cette période qu’il commande les bâtiments stationnés aux côtes de l’Amérique méridionale, contexte direct la lettre de 1822.
Monarchie de Juillet : gloire et diplomatie (1830–1848)
Partisan de la Révolution de Juillet, il devient :
directeur du personnel au ministère de la Marine (1830)
commandant de l’escadre envoyée au Portugal (1831), où il force l’entrée du Tage pour obtenir réparation du roi Dom Miguel
vice‑amiral (1831)
Il joue un rôle diplomatique majeur dans les affaires navales et commerciales.
Second Empire et fin de carrière (1852–1854)
Élu sénateur en 1852, il reste une figure respectée du monde maritime.
Il meurt en 1854, à 72 ans, après plus de 60 ans de service naval
Distinctions principales
Grand‑croix de la Légion d’honneur
Commandeur de Saint‑Louis
Chevalier de l’ordre russe de Saint‑Vladimir
Officier commandeur de l’ordre du Cruzeiro (Brésil)
Baron par Louis XVIII
Pair de France
Ministre de la Marine et des Colonies
Ambassadeur à Constantinople